«  L’homme
qui en disait trop  »
«  L’homme
qui en disait trop  »
«  L’homme
qui en disait trop  »

Première période de Rob Rombout, avec les films «  Entre deux tours  », «  Pas de cadeau pour Noël  », «  L’homme qui en disait trop  », et «  T’es pas tout seul  »

Texte introductif identique aux quatre documentaires précités

Ces quatre documentaires (réalisés sur support vidéo entre 1985 et 1988 à Liège) émanent du travail que Rob Rombout réalise pour la chaîne télévisée Canal Emploi, télévision communautaire et engagée, active dans les années 80. Créée en 1977 à l’initiative de deux organisations syndicales (FGTB et CSC) et de l’Université de Liège, elle désire notamment intervenir au niveau de la formation des personnes sans emploi infrascolarisés. Se présentant comme une chaîne d’éducation populaire, elle s’est fixée pour objectif de visibiliser les problèmes économiques et sociaux qui traversent alors la région liégeoise. Au-delà des contenus, elle déploie une véritable réflexion sur ses spécificités en tant que médium télévisuel à visée éducative et sur l’utilisation de la vidéo comme outil d’intervention sociale, notamment sur le terrain du travail. Non sans importance, rappelons que ce ce projet s’instaure dans un contexte de croisement entre cinéma documentaire et art contemporain, ces croisements éclosent alors souvent dans les festivals vidéo, où se rencontrent artistes et documentaristes.
Il semble judicieux de signaler qu’une des influences majeures du groupe Canal Emploi sont les écrits de la théoricienne Geneviève Jacquinot sur la pédagogie et la didactique, et vont lui permettre de penser un modèle alternatif à celui de la télévision scolaire. Elle constate que «  l’idée que le sens puisse venir de l’autre, que le récepteur avec sa culture, son histoire, ses attentes, puisse interférer dans la plénitude de la communication univoque est intolérable à une certaine pédagogie  » (Image et Pédagogie, p. 144). Ou encore que : «  le modèle didactique traditionnel fait de l’acte didactique un acte de transmission d’un savoir constitué de quelqu’un qui sait vers quelqu’un qui ne sait pas, selon un itinéraire étroitement balisé. L’image, et notamment l’image filmique, est particulièrement propre à servir un autre modèle didactique – génératif et non plus structurel – qui fait de l’acte didactique un processus de production de sens. Dans cette perspective, le discours didactique dont les destinataires sont appelés à participer à l’élaboration se définit comme un discours «  ouvert  », non exempt d’ambiguïté, où questions et réponses sont génératrices d’autres questions  » (Image et Pédagogie, pp. 16-17).
Rob Rombout, qui se définit volontiers comme un «  outsider  », découvre un sujet dans le journal Le Monde à propos de Canal Emploi et est immédiatement séduit. Comme d’autres, il considère alors Liège comme un vivier à la pointe en termes de musique, arts et vidéo. La ville lui confère un certain sentiment de liberté, notamment par rapport au conditionnement qui peut s’instituer dans les écoles de cinéma. Au sein du groupe Canal Emploi, il se positionne en humaniste plutôt qu’en militant politique. Cette attitude le suivra au-delà des aventures Canal Emploi, jusqu’à s’établir comme un élément déterminant de son dispositif artistique et documentaire. Dans un cadre prédéfini, télévisuel et à visée éducative, les marques de son style apparaissent déjà et ces quatre documentaires de création permettent d’entrevoir dans quelle mesure elles sont partiellement liées à cette expérience.

«  L’homme qui en disait trop  » (vidéo, 28 min, 1985)

On pense immédiatement à Hitchcock, à la lecture du titre. Est-ce pour instiller l’idée du faux coupable ? Quoi qu’il en soit, le film joue certainement du suspense. La lutte présentée est banale et à la fois extraordinaire – tragique, tout comme la mise à mort sociale et économique qui la suit, parce qu’elle est approchée avec sensibilité. Roger Vandermeiren, délégué syndical, est licencié de chez Monsanto (une usine de la région anversoise) pour avoir défendu un camarade accusé de vol. Une grève éclate contre le licenciement, et après sept semaines de combat, la mise à pied de Roger Vandermeiren est confirmée. Suivent six mois de procédure juridique et de lutte solitaire pendant lesquels Roger continuera à faire son travail de syndicaliste dans une caravane aux portes de l’usine, avant d’être définitivement renvoyé par décision du tribunal.
Le mouvement social avait démarré durant l’été, Rob Rombout raconte : «  C’était un été très chaud avec à la fois l’intervention de la police et aussi l’organisation de fêtes et de barbecue. Et puis l’hiver est arrivé, l’ouvrier syndical a été traduit en justice. J’ai été le rencontrer. Je sentais qu’il allait perdre. Ce qui m’a intéressé, c’est de constater le contraste entre un mouvement social très solidaire en été et l’isolement du délégué en hiver. Mon background est différent. Je suis moins excité par rapport aux questions idéologiques. Quand je fais des films, je suis plutôt quelqu’un qui voit, qui peut sympathiser avec un personnage comme ça été le cas avec lui. Mais je ne l’accompagnais pas pour autant aux barricades. L’histoire se termine. Finalement, il perd et doit s’inscrire au chômage pour la première fois de sa vie. J’avais filmé à la fois des images dures en hiver et qui contrastaient avec celles tournées en été. Cette dualité était intéressante pour faire un film  ».

«  L’homme qui en disait trop  »

Première période de Rob Rombout, avec les films «  Entre deux tours  », «  Pas de cadeau pour Noël  », «  L’homme qui en disait trop  », et «  T’es pas tout seul  »

Texte introductif identique aux quatre documentaires précités

Ces quatre documentaires (réalisés sur support vidéo entre 1985 et 1988 à Liège) émanent du travail que Rob Rombout réalise pour la chaîne télévisée Canal Emploi, télévision communautaire et engagée, active dans les années 80. Créée en 1977 à l’initiative de deux organisations syndicales (FGTB et CSC) et de l’Université de Liège, elle désire notamment intervenir au niveau de la formation des personnes sans emploi infrascolarisés. Se présentant comme une chaîne d’éducation populaire, elle s’est fixée pour objectif de visibiliser les problèmes économiques et sociaux qui traversent alors la région liégeoise. Au-delà des contenus, elle déploie une véritable réflexion sur ses spécificités en tant que médium télévisuel à visée éducative et sur l’utilisation de la vidéo comme outil d’intervention sociale, notamment sur le terrain du travail. Non sans importance, rappelons que ce ce projet s’instaure dans un contexte de croisement entre cinéma documentaire et art contemporain, ces croisements éclosent alors souvent dans les festivals vidéo, où se rencontrent artistes et documentaristes.
Il semble judicieux de signaler qu’une des influences majeures du groupe Canal Emploi sont les écrits de la théoricienne Geneviève Jacquinot sur la pédagogie et la didactique, et vont lui permettre de penser un modèle alternatif à celui de la télévision scolaire. Elle constate que «  l’idée que le sens puisse venir de l’autre, que le récepteur avec sa culture, son histoire, ses attentes, puisse interférer dans la plénitude de la communication univoque est intolérable à une certaine pédagogie  » (Image et Pédagogie, p. 144). Ou encore que : «  le modèle didactique traditionnel fait de l’acte didactique un acte de transmission d’un savoir constitué de quelqu’un qui sait vers quelqu’un qui ne sait pas, selon un itinéraire étroitement balisé. L’image, et notamment l’image filmique, est particulièrement propre à servir un autre modèle didactique – génératif et non plus structurel – qui fait de l’acte didactique un processus de production de sens. Dans cette perspective, le discours didactique dont les destinataires sont appelés à participer à l’élaboration se définit comme un discours «  ouvert  », non exempt d’ambiguïté, où questions et réponses sont génératrices d’autres questions  » (Image et Pédagogie, pp. 16-17).
Rob Rombout, qui se définit volontiers comme un «  outsider  », découvre un sujet dans le journal Le Monde à propos de Canal Emploi et est immédiatement séduit. Comme d’autres, il considère alors Liège comme un vivier à la pointe en termes de musique, arts et vidéo. La ville lui confère un certain sentiment de liberté, notamment par rapport au conditionnement qui peut s’instituer dans les écoles de cinéma. Au sein du groupe Canal Emploi, il se positionne en humaniste plutôt qu’en militant politique. Cette attitude le suivra au-delà des aventures Canal Emploi, jusqu’à s’établir comme un élément déterminant de son dispositif artistique et documentaire. Dans un cadre prédéfini, télévisuel et à visée éducative, les marques de son style apparaissent déjà et ces quatre documentaires de création permettent d’entrevoir dans quelle mesure elles sont partiellement liées à cette expérience.
«  L’homme qui en disait trop  » (vidéo, 28 min, 1985)
On pense immédiatement à Hitchcock, à la lecture du titre. Est-ce pour instiller l’idée du faux coupable ? Quoi qu’il en soit, le film joue certainement du suspense. La lutte présentée est banale et à la fois extraordinaire – tragique, tout comme la mise à mort sociale et économique qui la suit, parce qu’elle est approchée avec sensibilité. Roger Vandermeiren, délégué syndical, est licencié de chez Monsanto (une usine de la région anversoise) pour avoir défendu un camarade accusé de vol. Une grève éclate contre le licenciement, et après sept semaines de combat, la mise à pied de Roger Vandermeiren est confirmée. Suivent six mois de procédure juridique et de lutte solitaire pendant lesquels Roger continuera à faire son travail de syndicaliste dans une caravane aux portes de l’usine, avant d’être définitivement renvoyé par décision du tribunal.
Le mouvement social avait démarré durant l’été, Rob Rombout raconte : «  C’était un été très chaud avec à la fois l’intervention de la police et aussi l’organisation de fêtes et de barbecue. Et puis l’hiver est arrivé, l’ouvrier syndical a été traduit en justice. J’ai été le rencontrer. Je sentais qu’il allait perdre. Ce qui m’a intéressé, c’est de constater le contraste entre un mouvement social très solidaire en été et l’isolement du délégué en hiver. Mon background est différent. Je suis moins excité par rapport aux questions idéologiques. Quand je fais des films, je suis plutôt quelqu’un qui voit, qui peut sympathiser avec un personnage comme ça été le cas avec lui. Mais je ne l’accompagnais pas pour autant aux barricades. L’histoire se termine. Finalement, il perd et doit s’inscrire au chômage pour la première fois de sa vie. J’avais filmé à la fois des images dures en hiver et qui contrastaient avec celles tournées en été. Cette dualité était intéressante pour faire un film  ».

«  L’homme qui en disait trop  »

Première période de Rob Rombout, avec les films «  Entre deux tours  », «  Pas de cadeau pour Noël  », «  L’homme qui en disait trop  », et «  T’es pas tout seul  »

Texte introductif identique aux quatre documentaires précités

Ces quatre documentaires (réalisés sur support vidéo entre 1985 et 1988 à Liège) émanent du travail que Rob Rombout réalise pour la chaîne télévisée Canal Emploi, télévision communautaire et engagée, active dans les années 80. Créée en 1977 à l’initiative de deux organisations syndicales (FGTB et CSC) et de l’Université de Liège, elle désire notamment intervenir au niveau de la formation des personnes sans emploi infrascolarisés. Se présentant comme une chaîne d’éducation populaire, elle s’est fixée pour objectif de visibiliser les problèmes économiques et sociaux qui traversent alors la région liégeoise. Au-delà des contenus, elle déploie une véritable réflexion sur ses spécificités en tant que médium télévisuel à visée éducative et sur l’utilisation de la vidéo comme outil d’intervention sociale, notamment sur le terrain du travail. Non sans importance, rappelons que ce ce projet s’instaure dans un contexte de croisement entre cinéma documentaire et art contemporain, ces croisements éclosent alors souvent dans les festivals vidéo, où se rencontrent artistes et documentaristes.
Il semble judicieux de signaler qu’une des influences majeures du groupe Canal Emploi sont les écrits de la théoricienne Geneviève Jacquinot sur la pédagogie et la didactique, et vont lui permettre de penser un modèle alternatif à celui de la télévision scolaire. Elle constate que «  l’idée que le sens puisse venir de l’autre, que le récepteur avec sa culture, son histoire, ses attentes, puisse interférer dans la plénitude de la communication univoque est intolérable à une certaine pédagogie  » (Image et Pédagogie, p. 144). Ou encore que : «  le modèle didactique traditionnel fait de l’acte didactique un acte de transmission d’un savoir constitué de quelqu’un qui sait vers quelqu’un qui ne sait pas, selon un itinéraire étroitement balisé. L’image, et notamment l’image filmique, est particulièrement propre à servir un autre modèle didactique – génératif et non plus structurel – qui fait de l’acte didactique un processus de production de sens. Dans cette perspective, le discours didactique dont les destinataires sont appelés à participer à l’élaboration se définit comme un discours «  ouvert  », non exempt d’ambiguïté, où questions et réponses sont génératrices d’autres questions  » (Image et Pédagogie, pp. 16-17).
Rob Rombout, qui se définit volontiers comme un «  outsider  », découvre un sujet dans le journal Le Monde à propos de Canal Emploi et est immédiatement séduit. Comme d’autres, il considère alors Liège comme un vivier à la pointe en termes de musique, arts et vidéo. La ville lui confère un certain sentiment de liberté, notamment par rapport au conditionnement qui peut s’instituer dans les écoles de cinéma. Au sein du groupe Canal Emploi, il se positionne en humaniste plutôt qu’en militant politique. Cette attitude le suivra au-delà des aventures Canal Emploi, jusqu’à s’établir comme un élément déterminant de son dispositif artistique et documentaire. Dans un cadre prédéfini, télévisuel et à visée éducative, les marques de son style apparaissent déjà et ces quatre documentaires de création permettent d’entrevoir dans quelle mesure elles sont partiellement liées à cette expérience.
«  L’homme qui en disait trop  » (vidéo, 28 min, 1985)
On pense immédiatement à Hitchcock, à la lecture du titre. Est-ce pour instiller l’idée du faux coupable ? Quoi qu’il en soit, le film joue certainement du suspense. La lutte présentée est banale et à la fois extraordinaire – tragique, tout comme la mise à mort sociale et économique qui la suit, parce qu’elle est approchée avec sensibilité. Roger Vandermeiren, délégué syndical, est licencié de chez Monsanto (une usine de la région anversoise) pour avoir défendu un camarade accusé de vol. Une grève éclate contre le licenciement, et après sept semaines de combat, la mise à pied de Roger Vandermeiren est confirmée. Suivent six mois de procédure juridique et de lutte solitaire pendant lesquels Roger continuera à faire son travail de syndicaliste dans une caravane aux portes de l’usine, avant d’être définitivement renvoyé par décision du tribunal.
Le mouvement social avait démarré durant l’été, Rob Rombout raconte : «  C’était un été très chaud avec à la fois l’intervention de la police et aussi l’organisation de fêtes et de barbecue. Et puis l’hiver est arrivé, l’ouvrier syndical a été traduit en justice. J’ai été le rencontrer. Je sentais qu’il allait perdre. Ce qui m’a intéressé, c’est de constater le contraste entre un mouvement social très solidaire en été et l’isolement du délégué en hiver. Mon background est différent. Je suis moins excité par rapport aux questions idéologiques. Quand je fais des films, je suis plutôt quelqu’un qui voit, qui peut sympathiser avec un personnage comme ça été le cas avec lui. Mais je ne l’accompagnais pas pour autant aux barricades. L’histoire se termine. Finalement, il perd et doit s’inscrire au chômage pour la première fois de sa vie. J’avais filmé à la fois des images dures en hiver et qui contrastaient avec celles tournées en été. Cette dualité était intéressante pour faire un film  ».
«  L’homme
qui en disait trop  »