Christopher Bouts

Présentation de Christopher Bouts, de son travail,
et de sa participation à l’exposition Demain passe par les yeux…

1re année Master Spécialisé, Option de Vidéographie

 Memento #01

Quand l’esprit incarne la création,
Quand la science rencontre l’art,
Quand le souvenir devient tangible,
Quand la pensée devient l’objet.

Memento Mori.

Memento #01 est la première phase d’un voyage au cœur de la mémoire et des souvenirs,
la (vaine ?) recherche d’arrêter le temps et de regarder
un même instant plusieurs fois et avec plusieurs points de vue.

Narrateur subjectif à la recherche de l’omniscience par ses souvenirs.

Quand le chercheur est perdu,
Quand la technique s’évapore,
Quand le point focal est inaccessible,
Seule reste la pensée.

Fragmentée.

 La mémoire, quoi que l’on en dise, est probablement l’un des plus grand mystère. Un souvenir n’est jamais véritablement fixé, il évolue, change, se modifie… et se détruit.

Peut-on rendre un souvenir tangible, accessible ? C’est l’une des questions qui m’ont traversé l’esprit tout au long du projet. Je me suis donc entourré de personnes compétentes en la matière, qu’il s’agissent de neuro-psychologues et de docteurs en neurologie afin de poser mes questions et… d’expérimenter.

Ce qui m’intéresse, c’est cette zone fragile dans laquelle le souvenir se meut, se modifie par mon vécu, mes sensations, mon humeur, ma volonté d’enjoliver – ou de déprécier- ma réalité, ma vérité. De même qu’il n’y a pas qu’une seule vérité –il existe plusieurs registres de vérité -, le même instant de vie pour moi ne sera pas du tout le même que pour la personne se tenant à mes cotés.

Au départ, il s’agissait d’une simple idée fugace: pour faire comprendre un ressenti personnel, ne puis-je pas utiliser mon corps, les données que mon corps émet? Ne puis-je me servir de la technologie, des sciences, pour me faire comprendre ?

j’ai contacté le Grappe interdisciplinaire de génoprotéomique appliqué (GIGA) du Centre Hospitalier Universitaire de Liège. Ce GIGA travaille justement sur le fonctionnement de la mémoire. J’ai pris rendez-vous avec eux et je leur ai exposé mes recherches. Après quelques discutions, ils m’ont autorisé à effectuer des essais avec un électro-encéphalogramme. J’ai ensuite récupéré les données, et j’ai commencer à les traiter.

 Par l’intermédiaire d’un programme, j’ai pu faire interagir mes données avec des paramètres d’images pré-existantes (opacité, extrusion, luminosité…). Une série de tests a été effectuée et enregistrée, mais ne me convainquait pas vraiment.
À nouveau, je me suis rendu au GIGA mais avec un protocole bien particulier : j’allais regarder des images, des vidéos et écouter des musiques, émotionnellement fortes, tout en enregistrant mes ondes cérébrales générées et les faire résonner ensuite avec le programme qui avait été mis au point.

Le travail était autrement plus convaincant. Il se présente désormais comme une installation dans laquelle sont mis en parallèle une image filmée représentant ma mémoire, et une impression d’une image du souvenir d’une personne disparue. À côté, une installation multi-moniteurs présentent les tests effectués via le programme, un aperçu du programme lui-même et les données récolté.

Pour moi, ce travail est la preuve que science et art peuvent entrer en symbiose et que la transversalité est une clef pour aller plus loin.
Pour mener à bien ce projet, à ce jour, il m’a fallu convoquer de multiples ressources : des neurosciences à la programmation, des artistes plasticiens aux artistes dits « numériques », du dessin de conception aux nouvelles technologies. Tout et tous rassemblés dans un seul objectif.
Le temps de l’artiste enfermé dans son atelier, replié sur lui même et fermé à l’avenir, est largement révolu.

atelier de vidéographie  |  ÉSAVL-ARBAL |  éditeur responsable Daniel Sluse