Catherine Brennecke

Présentation de Catherine Brennecke, de son travail,
et de sa participation à l’exposition Demain passe par les yeux…

1re année Master Approfondi, Option de Vidéographie

 Mon travail artistique porte sur le thème de la reconnaissance physique, implicitement c’est une quête identitaire pour moi et une réappropriation de mon corps par l’art. Est-ce qu’il est possible de me connaitre sans mon visage, sans parler de reconnaissance faciale ? Mon grain de peau m’est-il propre et unique ? Mon épaule est-elle identifiable comme étant la mienne ? Qu’est-ce qui fait que je ne suis pas pris pour une autre ?

Mon travail se présente en deux parties. Chacune propose une approche différente de cette thématique.

 Une première partie de mon travail porte sur une recherche autour de l’autoportraitiste. Explorer ce thème questionne directement l’identité. J’ai investi les domaines de la gravure, en novice et du dessin.

Le travail d’Yves Klein et ses impressions corporelles féminines ont été une de mes sources d’inspiration. Ainsi, je suis parti d’un dispositif semblable au sein, mais en l’approfondissant. Je ne souhaitais pas ainsi en rester à la surface du corps, mais au contraire, “zoomer” au plus près de ce corps, à ce qui en défini la limite, la peau.

Pour cette exposition de Masters Jurys Juin 2017 à l’Académie des Beaux-Arts de Liège, j’ai proposé plusieurs travaux issus de mes recherches: plusieurs gravures de mes empreintes de mains, des inscriptions sur papier travaillées au cutter et fer à souder. Mais aussi des impressions corporelles à l’encre de Chine, à l’écoline rouge et à la peinture à l’eau pour lino.

La gravure a ceci de particulier : elle permet le contact avec la matière, sa texture, sa résistance… Il m’a semblé évident d’investir dans la gravure pour toucher au plus près la matérialité de mon corps, de ma peau et d’accéder à la réappropriation de mon corps.

En parallèle à ces travaux, une autre proposition de prolongement : un carnet. Il propose au regard une collection évolutive d’empreintes. En effet, j’ai récolté les empreintes des personnes qui m’entourent et qui ont influencées le cours de ma vie. Évolutive, car ce carnet débute par mes empreintes à l’écoline rouge, d’autres sont investies de crayon. La plupart des empreintes sont datées, voire nommées.

Toujours dans cette première partie de mon travail sur le thème de l’identité, j’ai proposé une autre variante à cette exposition : ce sont des agrandissements numériques des empreintes corporelles de format 16/9. Je cherchais à montrer l’infime, le minime et pour cela j’ai voulu agrandir ce qu’on voit à peine à l’oeil nu. Le spectateur face à ces agrandissements est intrigué : la taille est ambiguë : s’agit-il de tailles réelles (dos, cotés, ventre) ou au contraire, des parties de mon corps vues par le microscope. Un jeu troublant, posant à nouveau la question de l’identité et surtout, de la position que nous prenons pour envisager cette identité. Le rapport que j’ai avec ma peau est assez particulier, de par les deux événements qui ont été des tournants de mon travail ; découvrir mon obsession pour ma peau et mon accident de voiture.

 Une deuxième partie de mon travail, aussi présentée à cette exposition, utilise mon média source, la vidéographie, mais couplé à un autre média, la photographie, qui devient mon deuxième média de prédilection car je suis une formation dans le but d’obtenir le diplôme.

Ces deux médias combinés m’ont permis ainsi d’envisager une nouvelle tournure, un nouvel aspect dans mon travail, toujours sur la question de la reconnaissance. Le travail de Sophie Calle et surtout son dispositif d’énumération (« No Sleep Last Night » ou « The Sleepers ») ont été sources d’inspiration. À tel point que je n’ai pas pu résisté à insérer dans mon travail cette idée d’énumération. Aussi bien manuel (dans le carnet et impressions) que filmique (dans ma vidéo, dans mes diptyques et mon livret de photos).

J’ai réalisé une mono bande pour illustrer mes propos et questionnements. Dans l’exposition, elle se présente ainsi : muette, composée de vidéos de segments de mon corps. Le visiteur peut-il me reconnaître à la seule vue de « fragments » de mon corps ? Suis-je ainsi identifiable comme corps, comme personne ? Ces fragments corporels sont-ils reconnaissables pour ce qu’ils sont ? Me sont-ils identifiables, apparentés ?

Un livret photographique est compris dans ce travail au sein de l’exposition. J’y présente une vingtaine de scans de photographies argentiques. En effet, après développement des négatifs de photographies de parties de mon corps, je les ai scannés pour les imprimer ensuite. Le résultat final au niveau colorimétrique est ainsi fortement conditionné par cette dernière opération de scannage. Présenté ainsi, ce carnet questionne à nouveau l’identité : si j’affichais un aspect brut, par le médium utilisé, de mon corps, pourrait-on toujours me reconnaître ?

Je présente également à cette exposition trois diptyques composés de radios et de vidéo de mon corps. À nouveau, une question est posée : peut-on me reconnaître en regardant sous la peau ? À l’intérieur de ma peau ? Ce qui est à l’intérieur de mon corps m’est-ce aussi assimilé ?

Ce travail m’a fait prendre conscience de cette sensibilité que je portais, vis-à-vis de ma peau, de mon corps constituant de mon identité. Grâce à ses expérimentations multiples manuelles et visuelles, j’ai pu un peu me réapproprier mon corps et me reconnaitre. À l’avenir, je souhaiterai apporter la présence de mon visage et réaliser de « faux » autoportraits en grands formats. Ce seraient des autoportraits, tous partants de la même photo mais tous différents car j’y modifierai les caractéristiques identitaires faciaux. J’aimerai continuer la réalisation de série de photos argentiques autour de ce qui a pu influencer la personne que je suis (lieux, personnes, affaires,…). J’envisage entre autres une comparaison de grain de peau sous forme d’impressions corporelles, avec interventions familiales et amicales.

atelier de vidéographie  |  ÉSAVL-ARBAL |  éditeur responsable Daniel Sluse